Le 15 avril 2026, la Mission Permanente du Togo auprès de l'Office des Nations Unies à Genève a participé à une table ronde de haut niveau organisée par le Conseil de la Diaspora africaine en Suisse (ADCS) sur le thème : « Explorer les pistes les plus accessibles en matière de justice réparatrice pour l'Afrique ».
Cet événement s'inscrit dans le cadre de la 5ᵉ session de l'Instance permanente sur les personnes d'ascendance africaine, qui se tient au Palais des Nations à Genève du 14 au 17 avril 2026 sur le thème : « Faire progresser les droits humains des personnes d'ascendance africaine dans le cadre de la deuxième Décennie internationale des personnes d'ascendance africaine ».
Cette convergence d'événements à Genève illustre l'importance croissante accordée par la communauté internationale à la question de la justice réparatrice pour l'Afrique et les personnes d'ascendance africaine, et confirme le rôle de Genève comme centre névralgique de ces discussions essentielles.
La table ronde du 15 avril a réuni l'ensemble des acteurs clés du débat sur la justice réparatrice :
Représentants étatiques
Missions permanentes africaines à Genève
Mission Permanente du Togo (intervention de fond)
Représentants d'États européens concernés
Organisations internationales
Union africaine (UA) : représentation de la Commission
Instance permanente sur les personnes d'ascendance africaine
Haut-Commissariat aux droits de l'homme (HCDH)
Société civile et expertise
Organisations de la société civile africaine et de la diaspora
Conseil de la Diaspora africaine en Suisse (ADCS) (organisateur)
Experts académiques et juridiques
Militants des droits humains
Diaspora africaine
Membres des communautés africaines en Suisse
Représentants de la diaspora panafricaine en Europe
Jeunesse d'ascendance africaine
Cette composition diversifiée a permis des échanges riches et multidimensionnels, reflétant la complexité des enjeux de justice réparatrice.
Le Conseil de la Diaspora africaine en Suisse (ADCS / African Diaspora Council of Switzerland) est une organisation de la société civile fondée en 2010 suite à des événements tragiques impliquant des migrants africains en Suisse.
Missions principales de l'ADCS
🤝 Intégration sociale et civique des communautés africaines en Suisse
📢 Lutte contre le racisme anti-Noirs et toutes formes de discrimination
🌍 Plaidoyer auprès des institutions suisses et internationales
🔗 Liaison avec les pays d'origine des migrants africains
📚 Amélioration de l'image des personnes d'ascendance africaine
L'ADCS est reconnu comme un interlocuteur légitime par :
La Commission fédérale contre le racisme (CFR) suisse
Les organisations internationales basées à Genève (ONU, OIT, OMS)
Les missions diplomatiques africaines en Suisse
La société civile internationale active dans les droits humains
Son président, Celeste Ugochukwu, licencié en droit de l'Université de Fribourg, est membre de la Commission fédérale contre le racisme et joue un rôle clé dans le dialogue entre la diaspora africaine et les institutions suisses.
L'organisation de cette table ronde de haut niveau confirme la capacité de mobilisation de l'ADCS et son positionnement stratégique dans les débats sur la justice réparatrice.
La justice réparatrice pour l'Afrique et les personnes d'ascendance africaine vise à réparer les conséquences durables de siècles d'esclavage, de colonisation, d'apartheid et de discrimination systémique.
Elle repose sur plusieurs piliers fondamentaux :
1. Reconnaissance
Reconnaissance officielle des crimes historiques
Vérité sur l'ampleur des violations des droits humains
Mémorialisation et enseignement de cette histoire
2. Réparation matérielle
Restitution des biens culturels pillés (œuvres d'art, objets sacrés, archives)
Indemnisation financière des préjudices subis
Annulation des dettes odieuses héritées de la période coloniale
3. Réparation symbolique
Excuses officielles des États responsables
Changement des représentations collectives (cartes, récits historiques)
Réhabilitation de la dignité africaine
4. Garanties de non-répétition
Réformes institutionnelles pour éliminer le racisme structurel
Législations anti-discrimination renforcées
Mécanismes de suivi et de responsabilisation
5. Satisfaction
Accès effectif à la justice pour les victimes
Participation des personnes affectées aux processus de réparation
Promotion des droits humains des personnes d'ascendance africaine
La question de la justice réparatrice est au cœur de plusieurs initiatives majeures :
Union africaine
Thème de l'Année 2025 : « La justice pour les Africains et les personnes d'ascendance africaine par le biais de réparations »
Extension à une décennie entière (2025-2034) pour approfondir les actions
Adoption de la Déclaration d'Abuja et de la Déclaration d'Accra sur les réparations
Nations Unies
Deuxième Décennie internationale des personnes d'ascendance africaine (2024-2033)
Instance permanente sur les personnes d'ascendance africaine (créée 2021)
Rapports du Rapporteur spécial sur le racisme (2019, 2025)
Rapport du Groupe de travail d'experts sur les personnes d'ascendance africaine (2025)
Résolution 616 de la CADHP (Commission africaine des droits de l'homme et des peuples)
Appels de la société civile
Forum des ONG de la CADHP : appel à démanteler les héritages coloniaux
Coalition antiracisme : proposition de norme internationale sur la justice réparatrice
Proposition de tribunal international spécialisé pour traiter les conséquences de l'esclavage et du colonialisme
Lors de la table ronde du 15 avril, la Mission Permanente du Togo a eu l'honneur de présenter à l'audience les initiatives et actions concrètes du Togo en matière de justice réparatrice pour les personnes d'ascendance africaine.
Cette intervention s'inscrit dans la continuité du leadership diplomatique togolais sur les questions de justice historique, de dignité africaine et de panafricanisme, comme en témoigne :
Le discours de Prof. Robert Dussey à l'ONU (septembre 2025)
L'accueil du 9ᵉ Congrès panafricain à Lomé (8-12 décembre 2025)
L'adoption par l'Union africaine de l'initiative togolaise sur la correction des cartes (février 2026)
Contexte et enjeux
Depuis des siècles, la projection de Mercator et d'autres représentations cartographiques ont considérablement réduit la taille visuelle de l'Afrique par rapport à sa superficie réelle (30 millions de km²).
Cette sous-représentation contribue à :
Minorer l'importance démographique, économique et stratégique du continent
Entretenir une vision « périphérique » de l'Afrique dans l'imaginaire mondial
Perpétuer des hiérarchies symboliques héritées de la période coloniale
L'initiative togolaise
À l'initiative du Président du Conseil Faure Essozimna Gnassingbé, le Togo a porté cette question à l'ordre du jour de la 39ᵉ session ordinaire de la Conférence des Chefs d'État et de Gouvernement de l'Union africaine (Addis-Abeba, 14-15 février 2026).
Décision historique adoptée
L'Union africaine a adopté une décision majeure visant à corriger la carte de l'Afrique dans les représentations mondiales, avec plusieurs recommandations :
Encourager les États membres à promouvoir des projections cartographiques équitables (type Equal Earth) dans les systèmes éducatifs et les publications officielles
Inviter les organisations internationales, institutions académiques et éditeurs à adopter des cartes reflétant fidèlement la réalité géographique de l'Afrique
Charger la Commission de l'UA de mener une réflexion sur les standards cartographiques à recommander à l'échelle continentale
Campagne « Correct the Map »
Cette initiative s'inscrit dans le prolongement de la campagne internationale « Correct the Map », portée par les organisations Africa No Filter et Speak Up Africa, et soutenue par l'Union africaine depuis août 2025.
Dimension de justice réparatrice
Corriger les cartes est un acte de justice cognitive : il s'agit de réparer une désinformation géographique séculaire qui a façonné les perceptions et les rapports de pouvoir entre l'Afrique et le reste du monde.
Comme l'a souligné la Déclaration du 9ᵉ Congrès panafricain (Lomé, décembre 2025), cette correction est « essentielle à la restauration de la véritable place de l'Afrique dans l'imaginaire mondial ».
Annonce de l'initiative
Le 24 février 2026, le Ministère togolais des Affaires étrangères a annoncé une initiative continentale visant à définir et célébrer un « Nouvel An africain » officiel, en collaboration avec l'Union africaine.
Justification historique et culturelle
Avant la colonisation, l'Afrique disposait de systèmes calendaires endogènes structurés autour de repères cosmogoniques, agricoles et spirituels :
Exemples de traditions calendaires africaines
🇹🇬 Prise de la pierre sacrée en pays Guin (Togo)
🇩🇿 Yennayer : Nouvel An berbère (Afrique du Nord)
🌍 Célébrations saisonnières en Afrique australe et orientale
🇪🇹 Calendrier éthiopien (encore en usage)
🇪🇬 Calendrier copte (Égypte)
L'imposition du calendrier grégorien par la colonisation a provoqué une rupture avec ces systèmes de mesure du temps, entraînant une perte de repères identitaires.
Objectifs de l'initiative
Selon le communiqué du Ministère togolais des Affaires étrangères :
« Le Togo [...] se propose d'initier, en collaboration avec l'Union africaine, des réflexions avec les spécialistes africains [...] en vue de proposer les dates de célébration des fêtes africaines, en particulier la date du Nouvel An africain, en se basant sur les repères historique, culturel et cultuel africains. »
L'initiative vise à :
Réhabiliter le système historique africain de découpage du temps
Restaurer les cycles culturels et spirituels propres aux sociétés africaines
Conférer aux fêtes traditionnelles africaines le statut de patrimoine culturel mondial
Affirmer l'autonomie culturelle de l'Afrique
Processus de mise en œuvre
Le Togo, qui assure la présidence du Haut comité sur la Décennie des racines africaines et de la diaspora africaine, prévoit d'organiser un colloque international à Lomé.
Étapes annoncées :
Consultation des experts africains et de la diaspora
Organisation du colloque international (date à confirmer)
Élaboration de recommandations consensuelles
Transmission à la Commission de l'Union africaine
Adoption et mise en œuvre à l'échelle continentale
Dimension de justice réparatrice
Cette initiative répond directement à l'appel du 9ᵉ Congrès panafricain (Lomé, décembre 2025) à une « décolonisation des esprits » et à une réaffirmation des références culturelles africaines.
Elle constitue une forme de justice symbolique et culturelle visant à :
Reconnaître la validité et la légitimité des systèmes africains de mesure du temps
Réparer la violence épistémique de l'imposition coloniale du calendrier grégorien
Restaurer la fierté identitaire des peuples africains et de la diaspora
Comme l'a souligné Prof. Robert Dussey, Ministre des Affaires étrangères du Togo :
« Cette initiative s'inscrit dans une volonté de réhabiliter le système historique africain de découpage du temps et de redonner une place centrale aux cycles culturels et spirituels propres aux sociétés africaines, mis à mal par les ruptures provoquées par la colonisation. »
Les deux initiatives présentées par le Togo lors de la table ronde du 15 avril illustrent une vision cohérente de la justice réparatrice :
Objectif : Restaurer la place réelle de l'Afrique dans l'imaginaire spatial mondial
Moyen : Correction des représentations cartographiques disproportionnées
Impact : Modifier la perception collective de la taille, de l'importance et du poids de l'Afrique
Objectif : Restaurer l'autonomie de l'Afrique dans la structuration du temps
Moyen : Définition d'un Nouvel An africain basé sur les repères historiques et culturels propres au continent
Impact : Affirmer la légitimité des systèmes africains de mesure du temps et renforcer l'identité panafricaine
Ces initiatives reflètent la conviction togolaise que la justice réparatrice ne se limite pas aux aspects matériels (restitution d'objets, indemnisations), mais englobe également :
La justice symbolique (reconnaissance, excuses)
La justice cognitive (correction des savoirs erronés)
La justice culturelle (réhabilitation des systèmes de pensée africains)
La justice mémorielle (restauration de la dignité historique)
Les initiatives togolaises présentées lors de la table ronde du 15 avril ont suscité un intérêt marqué et des réactions positives de la part des participants :
Représentants d'États africains
Salutation du leadership togolais dans la promotion de la justice réparatrice
Expression du soutien à l'adoption des initiatives à l'échelle continentale
Engagement à relayer ces démarches dans les capitales nationales
Union africaine
Reconnaissance du rôle moteur du Togo dans le portage de ces questions
Confirmation de l'engagement de la Commission UA à mettre en œuvre les décisions adoptées
Annonce de la poursuite des consultations techniques
Société civile et diaspora
Appréciation de l'approche concrète et opérationnelle des initiatives togolaises
Appel à une mobilisation de la diaspora africaine pour soutenir ces démarches
Proposition d'actions de plaidoyer auprès des institutions internationales et des médias
Experts
Validation de la pertinence scientifique des initiatives (cartographie, systèmes calendaires)
Soulignement de l'importance de ces actions pour la construction d'un récit africain assumé
Encouragement à poursuivre cette dynamique de reconquête narrative
À l'issue de la table ronde, plusieurs actions ont été identifiées :
Court terme (mai-juin 2026)
Publication du rapport de la table ronde par l'ADCS
Diffusion des recommandations auprès des instances onusiennes et africaines
Préparation du colloque international sur le Nouvel An africain (Lomé)
Moyen terme (juillet-décembre 2026)
Organisation du colloque de Lomé sur le Nouvel An africain
Suivi de la mise en œuvre de la décision UA sur les cartes par la Commission
Intégration de ces initiatives dans les travaux de l'Instance permanente (session 2027)
Long terme (2027-2030)
Adoption formelle par l'UA d'une date officielle pour le Nouvel An africain
Généralisation de l'usage de cartes équitables dans les systèmes éducatifs africains
Inscription du Nouvel An africain au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO
La participation de la Mission Permanente du Togo à la table ronde du 15 avril 2026 organisée par l'ADCS confirme le positionnement stratégique du Togo dans les débats internationaux sur la justice réparatrice.
Ce que démontre cette intervention :
✅ Leadership diplomatique : Le Togo ne se contente pas de soutenir les initiatives existantes, il en propose de nouvelles, adoptées par l'Union africaine
✅ Approche holistique : La justice réparatrice togolaise englobe les dimensions matérielles, symboliques, cognitives et culturelles
✅ Ancrage panafricain : Les initiatives togolaises s'inscrivent dans une vision continentale, portée par l'UA et soutenue par la diaspora
✅ Pragmatisme : Les propositions togolaises sont concrètes et opérationnelles, avec des plans d'action et des calendriers précis
✅ Cohérence : Les actions s'articulent autour d'une vision unifiée de la restauration de la dignité africaine
Le message du Togo est clair : la justice réparatrice pour l'Afrique ne peut se limiter aux excuses ou aux indemnisations. Elle exige une transformation profonde des représentations, des savoirs et des récits qui ont construit et perpétué la marginalisation symbolique du continent.
En portant les initiatives « Correct the Map » et « Nouvel An africain », le Togo propose une voie africaine vers la justice réparatrice, fondée sur la reconquête narrative, la réhabilitation culturelle et l'affirmation de l'autonomie intellectuelle du continent.
Cette démarche s'inscrit pleinement dans le thème de l'Union africaine pour la décennie 2025-2034 et contribue aux objectifs de la Deuxième Décennie internationale des personnes d'ascendance africaine.
La table ronde du 15 avril 2026 restera comme un moment important dans l'histoire de la justice réparatrice, où la voix du Togo, portée par sa Mission Permanente à Genève, a résonné avec force et clarté auprès de la communauté internationale.