Le Togo accueillera, les 12 et 13 octobre 2026 à Lomé, un colloque international intitulé « Institution d’un calendrier endogène et célébration du Nouvel An Africain : enjeux contemporains de l’unité africaine, entre histoire et identité ». Organisé par le ministère togolais des affaires étrangères, de la coopération, de l’intégration africaine et des Togolais de l’extérieur, cet événement entend ouvrir un débat de fond sur la manière dont l’Afrique peut se réapproprier ses repères temporels, culturels et symboliques.
Cette initiative s’inscrit dans la dynamique de la Décennie des Racines et des Diasporas africaines, proclamée par l’Union africaine en 2021 et portée avec constance par le Togo. Elle prolonge une série d’actions diplomatiques, scientifiques et panafricaines déjà engagées par Lomé, dont le 9ᵉ Congrès panafricain de décembre 2025, les pré-congrès régionaux et plusieurs rencontres de haut niveau consacrées à la promotion des causes africaines.
Au cœur du colloque se trouve une question majeure : l’Afrique peut-elle penser et instituer son propre calendrier de référence, puis fixer une date pour la célébration du Nouvel An africain ? L’appel à communications insiste sur la nécessité de dépasser l’usage imposé du calendrier grégorien afin de retrouver des repères enracinés dans l’histoire, les cultures et les cosmologies africaines.
Le document rappelle que de nombreuses civilisations africaines ont développé, bien avant la période coloniale, des systèmes de mesure du temps fondés sur les cycles agricoles, les phénomènes célestes, les saisons ou encore des conceptions sociales et symboliques du temps. L’Égypte ancienne, l’Éthiopie, l’espace dogon et d’autres traditions calendaires africaines sont mobilisés comme points d’appui pour une réflexion scientifique et comparative.
Au-delà de la question technique du calendrier, le colloque met l’accent sur une ambition plus large : renforcer l’unité africaine à travers un événement commun, capable de rassembler les peuples du continent et leurs diasporas autour d’un symbole partagé. L’idée du Nouvel An africain est ainsi présentée comme un instrument de reconstruction identitaire, de valorisation du patrimoine commun et de réaffirmation de la souveraineté culturelle du continent.
Le texte d’appel relie cette démarche aux débats sur l’afrocentricité, la personnalité africaine, la négritude, la conscience noire et les théories de l’identité africaine. Il souligne que la redécouverte des cadres endogènes de pensée, d’organisation sociale et de régulation du temps peut contribuer à la décolonisation des esprits et à la consolidation d’une Afrique qui se pense à partir d’elle-même.
Le colloque de Lomé entend réunir des spécialistes venus de plusieurs disciplines : histoire, égyptologie, astronomie, mathématiques, anthropologie, philosophie, théologie, sociologie, géographie, relations internationales et études culturelles. Cette approche transdisciplinaire doit permettre de croiser les savoirs scientifiques et les connaissances endogènes afin d’aboutir à des propositions crédibles, à la fois historiennes, conceptuelles et pratiques.
Les communications attendues seront organisées autour de quatre grands axes : le legs du colloque du Caire de 1974 et le rôle du monde noir dans la civilisation humaine ; les principes et expériences africains de division du temps ; la personnalité africaine dans un monde multipolaire ; et enfin le calendrier africain lui-même ainsi que la fixation du Nouvel An africain.
L’appel à communications insiste sur la portée contemporaine de ce projet. Dans un contexte marqué par la quête de souveraineté culturelle, la valorisation des héritages africains et le renforcement des liens entre l’Afrique et ses diasporas, la question du calendrier endogène dépasse le simple cadre académique. Elle touche à la place de l’Afrique dans le monde, à sa capacité à nommer son propre temps et à créer des rites collectifs à son image.
Le colloque veut aussi ouvrir un espace de débat sur les conditions de faisabilité d’un calendrier africain de référence : quels critères historiques, astronomiques et culturels retenir ? Quelle date proposer pour le Nouvel An africain ? Comment concilier diversité des traditions et ambition d’unité continentale ? Ces interrogations feront l’objet de communications, de séances plénières et d’ateliers techniques.
En portant ce projet, le Togo confirme son rôle de pionnier dans l’agenda panafricain contemporain. Le pays se positionne comme un espace de pensée, de dialogue et de proposition au service de la refondation africaine. L’organisation du colloque à Lomé, les 12 et 13 octobre 2026, s’annonce donc comme un temps fort de réflexion sur l’histoire africaine, la mémoire collective et l’avenir institutionnel du continent.
Au-delà du débat scientifique, l’événement pourrait ouvrir la voie à des recommandations concrètes destinées aux États africains, aux institutions régionales et aux acteurs culturels et académiques. L’ambition affichée est claire : faire émerger, à partir des ressources intellectuelles et symboliques du continent, un repère temporel commun capable d’incarner l’unité africaine.